Courrier d’Islande janvier 2017

Sommaire :

– Noël en Islande, Jól et la famille terrible
– Édito
– Actualités
– Cadet de la France libre – Partie II
– Kristján Andri Stefánsson, le nouvel ambassadeur d’Islande en France
– Brèves
– Vigdís Finnbogadóttir devient docteur honoris causa à la Sorbonne
– Recette
– « La nouvelle vague islandaise » : parcours, écriture… Ce qu’ils en pensent !
– Portrait d’une future ex expatriée, Magalie Paulette Vienot
– Bibliographie
– Histoire de timbres
– Le pluvier doré

CI

Concert Marteinn Sindri

Le Festival International Melodica revient à Paris pour sa troisième édition ! C’est un festival essentiellement acoustique pour les songwriters & musiciens folks, ayant pour but de créer et développer une synergie entre les différents communautés d’artistes dans le monde entier.

Créé en 2007 par Pete Uhlenbruch à Melbourne (Australie), le festival existe maintenant dans de nombreuses villes du monde, dont Reykjavik (Islande), Aarhus (Danemark), Berlin (Allemagne), New-York (USA), Groningen (Pays-Bas), Sydney (Australie), Vienne (Autriche), Nottingham (UK), et bien sûr Paris.

PROGRAMMATION 2017
!! Les concerts commencent à 18h pile !!

VENDREDI 27 JANVIER @ LE FORUM

18h Darren Cross (AU)
19h Keto (UK)
20h Meadows (SE)
21h Cynthia Abraham (FR)
22h Kendy Gable (US)

SAMEDI 28 JANVIER @ LE FORUM

18h Paula Tebbens (DE/DK)
19h Kevin Davy White (UK/FR)
20h Whale Vs Elephant (DE)
21h Venice Bliss (FR)
22h Roosmarijn (NL)

DIMANCHE 29 JANVIER @ LA HALLE AUX OLIVIERS

18h Marteinn Sindri (IS)
19h Pollyanna (FR)
20h Fallinn Wolff (DE)
21h Lasse Matthiessen (DK)
22h White Note (FR)
23h Poems for Jamiro (DE)

Playlist pour écouter tous les artistes : https://play.soundsgood.co/playlist/melodica-festival-paris-3

Prix d’entrée : 3€ + donations
Sans réservation
Possibilité de se restaurer sur place
La Bellevilloise. 19-21, rue Boyer – 75020 PARIS (Est). Par le métro : Station Gambetta (ligne 3) sortie Orfila ou station Ménilmontant (ligne 2).

Exposition HULDUFÓLK // LE PEUPLE CACHÉ à Marseille

HULDUFÓLK // LE PEUPLE CACHÉ
Exposition de Michel EISENLOHR
Du 8 décembre 2016 au 7 janvier 2017 à l’ART-CADE, Galerie des Grands bains-douches de la Plaine, 35 bis rue de la Bibliothèque, 13001 Marseille.
Du mardi au samedi, de 15h à 19h et sur rendez-vous
Vernissage jeudi 8 décembre 2016 à 18h30.

A travers des sites chargés de légendes ou des paysages des banlieues de Reykjavik, Michel Eisenlohr rend compte des relations étonnantes qu’entretiennent encore aujourd’hui les Islandais avec leur environnement. Un dialogue inédit entre modernité et croyances.
En Islande, la force du territoire impose la modestie, le respect, mêlé à ce sentiment étrange que ces paysages sont vivants. Habités. Il est vrai qu’au fil des routes, aux détours des champs de lave et des falaises de basalte, s’égrènent des sites aux histoires troublantes, peuplés de trolls, d’elfes et d’HULDUFÓLK (« le peuple caché »)… Dans certaines fermes, on relate d’étranges incidents semblant révéler la présence d’êtres cachés, nichés dans les pierres et les ruisseaux. Superstitions rurales ? Rien n’est moins sûr lorsqu’on déambule dans Reykjavik et ses villes-banlieues.
Entre deux immeubles contemporains aux couleurs vives, à quelques mètres d’une villa au revêtement métallique ou encore au centre d’un îlot de résidences, trônent des rochers de lave. La toponymie des rues ou des quartiers confirme la personnification de ces lieux : Álfhóll « la butte de l’Elfe », Enbui « l’ermite », Borgir « la Cité », la pierre Latur « le paresseux », Dvergastein « la pierre à nain »… La liste serait longue de ces collines sans forme, rochers, creusements, qui au sein d’un quartier résidentiel ou en bordure d’une voie rapide imposent leur présence. Cette cohabitation étonnante au premier regard et qui prête à sourire illustre pourtant une double réalité : la modernité de la société islandaise et son urbanisme en plein développement depuis les années 80 et la prégnance de la tradition et des croyances millénaires.
Michel EISENLOHR, photographe de la trace, de la lumière et du sensible, entreprend ici de relever un défit. Photographier l’invisible… Inspiré par les contes et légendes, guidé par les recherches des ethnologues, géographes et archéologues, il nous offre une immersion dans ces lieux naturels ou urbains et nous rend compte par l’image de cet héritage immatériel.
Exposition présentée dans le cadre du festival LA PHOTOGRAPHIE MARSEILLE #6.

Projection d’un film sur l’Islande à Mouterre-Silly (86)

L’association Mouterre-Silly Culture et Patrimoine vous invite à une escapade en Islande. Nicole Peyhardi vous présentera le film qu’elle a réalisé avec son mari en Islande au plus près des habitants et de la nature : les fjords de l’Ouest, les volcans, la capitale.
Entrée libre.
Dimanche 13 novembre à 10h
Renseignements au 07 71 10 60 11
Salle des fêtes
sans-titre

Expo photos à Sceaux (92) en novembre

Expo photos à Sceaux (92) du 4 au 29 novembre

 

Vernissage le vendredi 4 novembre de 19h à 21h

 

S’il est un pays où l’on perd ses repères, c’est l’Islande. Notre petitesse y est une évidence. Là-bas, c’est la nature qui gouverne, ce sont les éléments qui décident. Le ciel, l’atmosphère, le vent, la neige, la glace, la pluie horizontale, le feu…ne cessent jamais de faire danser la luminosité et les teintes. On passe du blanc au jaune, de l’arc en ciel au gris profond. Terre de glace née du feu, on ressent ici la genèse de notre monde, la puissance de la nature, que nous ne protégeons pas assez…
Certaines photos que j’ai choisi d’exposer paraissent presque monochromes, d’autres anormalement saturées, c’est tout simplement parce que les couleurs et les contrastes islandais sont uniques

Le spectacle Islandais est une nuance, un jeu de contrastes.

 Durant mes voyages en Islande j’ai parcouru la majeure partie de cette île située au 66ème parallèle nord, juste avant le cercle arctique polaire. J’ai photographié les glaces du Vatnajökull, les icebergs de Jökulsárlón, les paysages lunaires de la région de Mývatn, la nature Islandaise en proie aux éléments tout au long de la route N°1 et me suis volontairement perdu hors des routes « F » des highlands… Mon voyage de septembre 2014 fût le plus extraordinaire puisque j’ai pu y tutoyer le volcan Holuhraun en éruption. Je me suis également fondu dans la vie Islandaise, pour témoigner de leur joie de vivre et de leurs loisirs, et notamment les bains dans les piscines géothermiques. Cette exposition, 66 degrés nord, est le témoin de tous ces instants.

 Enfin, cette série soulève la problématique du tourisme qui peut rapidement devenir un véritable fléau. Alors que l’Islande a reçu près d’un million de touristes en 2016 (soit 3 fois sa population), quelles vont être les conséquences pour cette nature vierge et millénaire ?

sans-titre

« Formé aux dures et exigeantes écoles du dessin et de l’argentique, David Templier appartient sans équivoque à la grande famille des photographes contemplatifs. Il est de ceux qui savent regarder la nature et s’y soumettre pour la restituer dans toute sa complexité et sa richesse. Contemplatif, certes, mais actif néanmoins, voyageur même, et voyageur engagé lorsque, en 2012, son reportage dans le bidonville de Bandra à Bombay lui permet en même temps de lever quelques fonds pour soutenir le travail fait sur place.

Maître des teintes subtiles des plages du nord et des gris colorés de l’hiver, David Templier a trouvé lors d’un voyage en Islande une palette chromatique à la hauteur de ses espérances qu’il nous restitue avec bonheur ».

Albéric d’Hardivilliers – A/R Magazine

 

Mairie de Sceaux

122 Rue Houdan

92330 Sceaux

 

Chronique islandaise – juin 2016

Chronique islandaise – juin 2016
Ces lignes sont le résultat de lectures, de suggestions et d’informations que je peux obtenir autour de moi, mais elles n’engagent que ma seule responsabilité.
Michel Sallé
Quel contenu peut avoir cette chronique si, comme on pourrait le croire, tous les Islandais se sont installés en France ?
Heureusement quelques uns sont restés « heima » (à la maison) :
– pour choisir un nouveau président, qui, à peine élu, a annoncé qu’il partait à son tour ! – pour préparer des élections législatives, dont la date n’est toujours pas connue, et où l’apparition du parti « Viðreisn » chamboule à nouveau les rapports de force, – réfléchir aux conséquences du « Brexit » sur le commerce islandais, – s’efforcer de vendre aux enchères ces fameux « glacier bonds » dont la présence dans les comptes de la Banque Centrale gêne la levée du contrôle des changes…
L’élection présidentielle :
C’était attendu : l’historien (Grosse erreur de ma part, j’ai qualifié Guðni de « géographe » dans ma précédente chronique. Deux d’entre vous m’en ont fait la remarque, ce qui m’a rassuré sur mon lectorat !) Guðni Thorlacius Jðhannesson devient le sixième Président d’Islande. Mais la répartition des suffrages (75% de participation) surprend :
– avec 38.49% des voix, Guðni est loin des 60% dont il était crédité à l’annonce de sa candidature, – derrière lui apparaît Halla Tómasdóttir 27.51% des voix, alors qu’elle était à 3% voici un mois, au point que je l’avais ignorée dans ma chronique de mai, – à 14% Andri Snær Magnason dépasse légèrement Davið Oddsson, Premier Ministre pendant 12 ans. C’est une déception pour le premier et un échec cuisant pour le second.
Plusieurs explications possibles :
– la campagne de Guðni : pour assurer son succès il s’est efforcé de paraître rassembleur, et à trop être prudent en a déçu beaucoup. Il est vrai qu’il a été la cible privilégiée d’attaques des autres candidats, notamment Davíð Oddsson, – par ses attaques personnelles, Davíð a certainement fait perdre des voix à Guðni mais en a perdu aussi puisqu’il était crédité d’environ 20% au départ. Il a insisté en permanence sur son expérience, mais manifestement celle-ci n’a pas laissé que de bons souvenirs ! – le grand vainqueur de la campagne électorale, sinon de l’élection, est Halla Tómasdóttir (48 ans). Son thème de campagne « á Íslandi skipta allir máli » ( « En Islande chacun est important ». Voir sa présentation en anglais http://halla2016.is/en/) ne pouvait que plaire à des électeurs demandeurs de démocratie directe. Elle a su conjuguer les valeurs sociétales auxquelles les Islandais sont attachés et sa réussite de femme d’affaire internationale. Elle a fondé en 2006 le fonds d’investissement Auður et associé la chanteuse Björk à des investissements verts. Elle est aussi une des animatrices de la journée de réflexion du 6 novembre 2011 préalable aux travaux de la Commission Constitutionnelle.

Qui est Guðni Th. Jóhannesson ?  
Le sixième président islandais, qui le 1er août prendra une place occupée pendant 20 ans par Ólafur Ragnar Grímsson, est un universitaire de 48 ans, né à Reykjavík, qui a fait des études d’histoire et de sciences politiques en Islande et en Grande Bretagne (Warwick puis Oxford) ; il enseigne aujourd’hui à l’Université d’Islande.
Curieusement les travaux de cet historien sont concentrés sur l’histoire immédiate sinon l’actualité de l’île. On lui doit notamment une passionnante chronique (Hrunið – JPV Útgafa – Reykjavík – 2009)  des quatre premiers mois de la crise de 2008 écrite dans la foulée des événements.
Guðni est marié à la canadienne Eliza Reid. Ils ont quatre enfants et Guðni est le père d’un enfant né d’un premier mariage.
La préparation des élections législatives 
Même si la date reste hypothétique, il est suffisamment probable que des élections législatives aient lieu en octobre pour que les partis s’activent à la préparation de leurs listes : déclarations de candidatures et primaires.
Fidèle à lui-même, le Parti Pirate veut connaître les priorités des électeurs. 4200 sont interrogés par Gallup, dont 61% répondent et classent ainsi leurs préoccupations :
– santé, que 75% placent en tête, – éducation : 6% en numéro 1,
puis viennent dans l’ordre la couverture sociale, la sécurité, le logement, les transports et communications, les services publiques, la culture, l’activité économique et l’emploi. Donc des souhaits très différents de ceux, presqu’uniquement économiques, qui fondent la politique suivie par le gouvernement en place.
De son coté l’Alliance Social-démocrate espère sortir de la désaffection dans laquelle elle s’enfonce depuis deux ans en changeant largement son équipe dirigeante lors de son congrès de juin 2016. Árni Páll Árnason ayant annoncé qu’il démissionnait et ne se représenterait pas, Oddný Guðbjörg Harðardóttir est élue présidente avec 60% des voix ; la vice-présidence revient à Logi Már Einarsson, conseiller municipal à Akureyri.

Oddný est députée depuis 2009 et a été ministre des Finances de 2011 à 2012, première femme à occuper cette fonction. Avec cette nouvelle direction l’Alliance Social-démocrate reste européenne, mais Oddný promet que si elle est en position de décider la reprise des pourparlers n’aura lieu qu’après un référendum.
Pour l’heure les sondages bougent peu : 9% pour l’Alliance Social-démocrate au lieu de 7.7(Sondage du 24 juin comparé à celui du 29 mai, tous deux réalisés par le Département de sociologie de l’Université d’Islande)  fin mai. Bien que quasi stables (de 27.4 à 28%) les Pirates redeviennent le premier parti d’Islande par la grâce de « Viðreisn» ( « Redressement » ? ). Pour l’essentiel scission des pro-européens du Parti de l’Indépendance, ce nouveau parti (Pas si nouveau !  Voir chronique de mai 2016)  atteint 9.7%, faisant tomber quasi mécaniquement le Parti de l’Indépendance de 28.6 à 19.7%, alors que le Parti du Progrès son allié perd 1.6% à 9.5%. La Gauche Verte poursuit sa progression : 17.5% contre 16.8% voici un mois. A 4.5% Avenir Radieux ne parvient pas à redresser la barre et, s’il reste à ce niveau, ne sera pas représenté dans le prochain Alþingi.

L’actualité économique 
Le FMI est satisfait (8 Voir https://www.imf.org/external/np/sec/pr/2016/pr16301.htm incluant un tableau statistique très complet) des perspectives économique islandaises, notamment la progression du PNB (4.5%). Il s’inquiète cependant de pressions inflationnistes à venir consécutives aux augmentations de salaire accordées l’an passé ( C’est ainsi qu’au 1er juillet les salaires des plus hauts fonctionnaires sont majorés de 30 à 40%.Le Président de la République est moins chanceux, dont le salaire n’est majoré que de 7.5% à 2.48 millions d’Ikr par mois (18000€) ; néanmoins Guðni gagnera quatre fois plus que comme professeur  ! ). Cette pression est contenue par la bonne tenue de l’Ikr (137 Ikr pour 1€), mais celle-ci a un effet négatif sur la compétitivité des exportations, tendance souvent relevée ici. Le Fonds suggère de prendre des mesures pour éviter la surchauffe ; il sait que la proximité des élections peut entraîner le gouvernement dans des décisions laxistes !
Pourtant une étude de la Direction des Impôts montre qu’à la suite des augmentations de salaire l’impôt sur le revenu a augmenté plus vite encore (+14.3% alors que l’indice des salaires n’a progressé « que » de 7.2% de 2014 à 2015) ( Cette différence est largement due à la manière dont sont calculés chaque année les abattements réduisant l’impôt payé par les familles à bas revenus et/ou ayant des enfants). De plus Bjarni Benediktsson (Ministre des Finances et Président du Parti de l’Indépendance) ne cache pas son projet de réduire encore les abattements pour enfants. La même étude montre que sur la période l’imposition des revenus du capital n’a progressé que de 6.6% , moins vite que le montant des dividendes versés (+18%). Il n’est pas certain que le Parti du Progrès, volontiers populiste, soit satisfait de ces tendances alors qu’il a tant besoin d’électeurs.
Le second problème soulevé par le FMI est la levée du contrôle des changes (Voir la chronique de mai 2016 ). Or il semble que les ventes aux enchères des « Glacier Bonds » n’aient pas donné les résultats espérés : elles n’ont atteint que 83 milliards d’Ikr contre 188 attendus (Voir http://www.cb.is/publications/news/news/2016/06/29/-The-Central-Bank-foreign-currency-auction ). Les principaux détenteurs ont en effet refusé de vendre au prix proposé. Toutefois la Banque Centrale affirme que le contrôle des changes peut maintenant être levé sans risque.
Relations internationales
Voici qui ne trompe pas en ces temps d’économie de traducteurs : outre la présence de 70 ambassadeurs lors de la Fête Nationale, les deux  seuls communiqués du Ministère des Affaires Etrangères traduits en anglais concernent le Brexit et la présence de l’armée américaine :
– le Brexit inquiète (Voir communiqué https://www.mfa.is/news-and-publications/reactions-to-the-uk-s-decision-to-leave-the-eu) : la Grande Bretagne est depuis longtemps un important partenaire économique et parfois politique de l’Islande, tous deux parmi les fondateurs de l’AELE dont l’Islande prend la présidence le 1er juillet. Un comité interministériel va être créé qui devra veiller à préserver la coopération avec la Grande Bretagne dans tous les domaines où elle s’est développée,
– la Russie aussi… C’est pourquoi une déclaration conjointe est signée par les autorités islandaise et américaine (Voir https://www.mfa.is/news-and-publications/joint-declaration-between-iceland-and-the-united-states-on-securityand-defense-affairs) rappelant l’accord signé en 2006 et envisageant d’accroître la coopération entre les deux pays.

Actualité culturelle : 
Courez voir « l’Effet Aquatique » de Sólveig Anspach, si beau qu’il « aurait pu s’appeler « l’Effet amniotique », tellement on s’y sent bien, tellement on ne voudrait pas en sortir  » ! (Jérôme Garcin – Nouvel Observateur )  Que dire de mieux  ?

Pendant ce temps la vie continue :  

01/06 : bien que l’âge légal de la retraite soit 67 ans, les Islandais travaillent en moyenne jusqu’à 70 ans (moyenne OCDE 64 ans),

15/06 : à Saint Etienne, de nombreux supporters islandais ont retrouvé leur voiture visitée pendant le match contre le Portugal,

20/06 : le taux de maladie des professeurs de MR (le plus célèbre lycée de Reykjavík) et la nécessité de les indemniser sont tels que le nombre des élèves sera réduit à la rentrée,

18/06 : la police doit préparer la voiture utilisée pour la cérémonie de prise de fonction du nouveau président le 1er août,

23/06 : avec une moyenne de 11.2° à Reykjavík, on sait déjà que juin 2016 sera l’un des mois les plus chauds jamais connus,

23/06 : les filles peuvent s’appeler Eiriksinna ou Kama, les garçons Gaddi, mais les noms Cleopatra, Omid, Olglilja pour les filles et Zar  pour les garçons ne sont pas encore permis,

24/06 : Árni Harðarson est le « skattakóngur » 2015 : il a payé 265 319 825 Ikr (1 932 076,12€) d’impôt sur le revenu.

Actualités islandaises mai 2016

manif panama Crédit visir.is
« Elections maintenant !!! »

Après deux mois de crises et de manifestations, voici que le calme revient : un gouvernement quasi identique au précédent, des élections présidentielles « classiques », des élections législatives anticipées que le gouvernement voudrait bien repousser le plus tard possible, un reflux des Pirates au profit des formations politiques en place…
Pourtant la tempête a été violente, marquée le 4 avril par la manifestation la plus nombreuse (22000 ?) jamais connue en Islande ; qui peut croire, comme tentent de le faire les deux partis de la majorité, que rien ne s’est passé ?
Que l’on me permette un retour en arrière.
Cela commence mi mars par un mot « Wintris », nom d’un fond que l’épouse de Sigmundur Davíð Gunnlaugsson aurait caché dans un paradis fiscal ; pourquoi en fait elle état spontanément ? C’est que le 11 mars, préparant avec deux journalistes, dont un associé au travail sur les Panama Papers, une émission à diffuser deux semaines plus tard, il a appris que son nom paraissait sur ces documents. Sa défense – « je n’ai rien à voir avec ce fond » – ne tient pas longtemps. Non seulement il a triché, mais il a menti, et surtout – crime impardonnable – la publicité faite à l’affaire écorne sérieusement l’image des Islandais alors qu’ils étaient parvenus à faire oublier les faiblesses ayant conduit à la crise de 2008.
Le 5 avril, lendemain de la grande manifestation, Sigmundur Davíð court à Bessastaðir. Il veut obtenir du Président l’autorisation de dissoudre l’Alþingi. Il n’a consulté ni les instances de son parti ni son allié le Parti de l’Indépendance. Le président Ólafur Ragnar refuse. Le même jour plus tard, à l’issue d’une réunion du groupe parlementaire du Parti du Progrès, Sigurður Ingi Jóhannsson, Vice-Président du parti, annonce que Sigmundur Davíð se met à l’écart et qu’il prend lui-même la tête du gouvernement. Le Parti de l’Indépendance approuve ce changement. Des élections auront lieu à l’automne.
Panama papers
« Allons, allons, ce n’est pas parce que tu n’es pas sur les Panama papers que tu es un loser !!! »

Bien que la liste des 600 ( ?) Islandais mis en cause dans les Panama Papers ne soit pas encore officiellement connue, certains prennent les devants tels ce conseiller municipal (Parti de l’Indépendance) de Reykjavík, le Trésorier de l’Alliance social-démocrate, le directeur exécutif du Parti du Progrès, les directeurs de deux caisses de retraite, et évidemment les banquiers mis en cause à propos de la crise de 2008. En reconnaissant immédiatement leur situation pour la minorer les ministres Bjarni Benediktsson et Ólöf Nordal, aussi président et vice-présidente du Parti de l’Indépendance, semblent parvenus à la faire oublier…
Le 18 avril le président Ólafur Ragnar annonce à la presse qu’il « arrête d’arrêter » (selon une expression locale « ORG n’arrête pas d’arrêter d’arrêter ») : l’incertitude dans laquelle se trouve le pays requiert un président expérimenté ! L’annonce est au départ plutôt bien accueillie, puis un reflux s’amorce : Dorrit Moussaïev, seconde épouse de ORG, n’a-t-elle vraiment rien à se reprocher pour ce qui concerne l’évasion fiscale ? Et surtout a-t-on vraiment besoin d’un homme autoproclamé « sauveur » pour régler des problèmes classiques dans une démocratie ?
Début mai Guðni Th. Jóhannesson, professeur à l’Université, annonce une candidature murmurée depuis plusieurs semaines. Il s’envole immédiatement dans les sondages. Cela n’empêche pas Davíð Oddsson, ancien Premier Ministre et Gouverneur de la Banque Centrale, d’annoncer sa candidature à son tour. Ólafur Ragnar, tombé à 25%, se dit rassuré par la qualité des candidats maintenant en lice et retire la sienne, discrètement…
La proximité d’élections et les désaccords soudain apparus au sein des Pirates entraînent un reclassement des forces politiques. Les Pirates redescendent en dessous de 30%, niveau encore enviable, au profit surtout de la Gauche Verte qui atteint maintenant 20%.
Le 23 mai Sigmundur Davíð, ancien Premier Ministre, et toujours président du Parti du Progrès, reprend sa place à l’Alþingi ; sa première déclaration est de se dire opposé à des élections anticipées.
Ainsi va la vie politique islandaise, de crises en crises séparées de retours apparents au statu quo, des révolutions au sens étymologique, mais où l’on note une irritation croissante que les dirigeants politiques auraient grand tort d’ignorer, par exemple en tentant de reporter les élections promises à l’automne.
Situation politique fin mai
L’élection présidentielle
Andri Snær Magnason Davíð Oddsson  Guðni Th. Jóhannesson crédit mbl.is
De g à d : Andri Snær, Davíð et Guðni

La décision de Ólafur Ragnar de se représenter a entrainé le retrait de quelques candidats. Mais neuf ont décidé d’aller jusqu’au bout. Parmi eux deux seulement paraissent en mesure de l’emporter et un troisième, Andrí Snær Magnason, peut avoir une influence sur le résultat final, puisqu’il s’agit d’un scrutin à un seul tour.
La candidature de Davíð Oddsson peut surprendre. C’est lui dont les manifestants « des casseroles » ont en octobre 2008 tout d’abord réclamé la démission de Président de la Banque Centrale pour son rôle dans les semaines précédant la crise, et aussi parce qu’il a été Premier Ministre de 1991 à 2004 et donc grand ordonnateur de la folie financière qui a conduit à cette crise. A qui lui rappelle cet épisode, il répond, comme en 2008, qu’il n’est pas plus responsable de ces choix que les électeurs qui ont voté pour le Parti de l’Indépendance qu’il présidait alors ! Mais sa candidature à une fonction éloignée de la politique quotidienne n’est elle pas un moyen de se blanchir ? Crédité au départ de 3% il est le 30 mai à 18,5%, ce qui montre la capacité de cet homme habitué aux campagnes électorales à activer les réseaux conservateurs. Il peut aussi compter sur le quotidien Morgunblaðið dont il est rédacteur en chef et qui depuis plusieurs semaines est empli de sa campagne.
Guðni Th. Jóhannesson, professeur de géographie à l’Université et auteur de plusieurs ouvrages, n’a ni cette expérience ni ces moyens, mais ce peut être un avantage auprès d’un corps électoral assoiffé de nouveauté. Il a su créer une attente autour de sa candidature qui l’a propulsé à 59% lorsqu’elle été annoncée, et le 30 mai encore au même niveau. Avec Davíð et lui on revient à la tradition du combat entre un politique et une personne de la société civile, toujours gagné par la dernière sauf quand Ólafur Ragnar Grímsson s’est présenté.
A cet égard, Andri Snær est peut-être handicapé car il mêle les deux profils cités en étant un écrivain engagé marqué à gauche par ses ouvrages notamment « Dreamland » (« Dreamland a self-help manual for a Frightened Nation » – Citizen Press – London) où il dénonce avec talent les excès de la société islandaise des années antérieures à la crise. Crédité de 29% avant l’annonce des candidatures précédentes, il est tombé à 8.8% après celle-ci et était le 30 mai à 11%.
La préparation des élections législatives
… et d’abord leur date. La manifestation-monstre du 4 avril et les suivantes étaient toutes sur le même mot d’ordre : élections immédiates. En prenant ses fonctions de Premier Ministre Sigurður Ingi Jóhannsson promet des élections à l’automne. Puis une condition apparaît : que les 76 projets que le gouvernement a encore à son programme soient examinés par l’Alþingi. Et des voix se font entendre dans la majorité : pourquoi des élections anticipées ? Jusqu’à Sigmundur Davíð qui le 5 avril avait fait la route de Bessastaðir pour arracher une dissolution à ORG, et qui, retour d’un congé de sept semaines, met en doute l’intérêt de celle-ci !
Il est vrai que le Parti du Progrès, tombé à 6.5%, a grand besoin de panser ses plaies ; le retour de l’ancien premier ministre y contribuera-t-il ? De leur coté les Pirates confirment leur baisse à 30%, score encore enviable. Il sont maintenant dépassés par le Parti de l’Indépendance comme si l’argent caché de ses présidents et vice-présidente était de peu d’importance ! La Gauche Verte confirme son bond à 20% alors que son ancien allié, l’Alliance Social-démocrate, toujours à la recherche d’un second souffle, continue de chuter à 7.4% et Avenir Radieux est en passe de disparaître (3.1%).
Et voici que réapparaît « Viðreisn » (« Redressement » ?), disparu après une irruption tonitruante, voici deux ans (voir chronique d’avril 2014), sur la scène politique. Le parti fondé par Benedikt Jóhannesson, éditeur de revues notamment « Iceland Review » et membre influent du Parti de l’Indépendance, apparaissait comme une scission pro UE de ce dernier, plus partagé qu’il ne paraît sur le sujet. Cette fois plus aucune référence à l’UE sur un programme facilement soluble dans celui de ses concurrents, mais l’engagement d’organiser le référendum sur la reprise des négociations.
Actualité économique
Parmi les projets que l’actuel gouvernement souhaite conduire à leur terme il y a la levée du contrôle des changes. Il s’agit, je le rappelle (voir chronique de juin 2015), d’éviter la sortie intempestive de valeurs estimées à 1200 milliards d’Ikr (8.6 milliards d’euros !) dont la conversion en devises pourrait entraîner une grave crise monétaire. Ces valeurs sont de deux catégories :
•Les valeurs résultant de la vente de leurs avoirs par les trois banques mises en faillite en septembre et octobre 2008, soit 900 milliards d’Ikr. Ces dernières ont fait l’objet de négociations avec la Banque Centrale,
•Les « glacier bonds » résultant de mouvements spéculatifs sur la couronne conduits par quelques fonds souverains dans les années précédant la crise, soit 600 milliards d’Ikr ramenées progressivement à 320.
Pour ces dernières des enchères en euros doivent être organisées par la Banque Centrale. Les valeurs non vendues seront inscrites dans un fond spécial avec un taux d’intérêt très faible, ce qui devrait inciter tous les détenteurs de ces valeurs à participer aux enchères. Bjarni Benediktsson fait voter la loi en urgence le 21 mai pendant la clôture des marchés ; elle est immédiatement promulguée.
Vie sociale
Profitons de cette (relative) accalmie pour nous intéresser à la société islandaise.
Une natalité en décroissance
Taux de fécondité de 1980 à 2015
fécondité

C’est une surprise si l’on considère la place des enfants dans les familles islandaises : le taux de fécondité (compris comme le nombre moyen d’enfants par femme en âge de procréer) est tombé à 1.81, plus élevé que la moyenne de l’UE (1.58) mais insuffisant pour assurer le renouvellement de la population (2.1). Comme ailleurs, le premier enfant naît plus tard : 27.4 ans contre 22 ans dans les années 1980. Fort heureusement le taux de mortalité (6.6%o) et le taux de mortalité infantile (1.9%o) restent parmi les plus bas en Europe.
Solde migratoire
Au cours du 1er trimestre 2016, le solde migratoire des citoyens islandais reste négatif : 710 sont partis, surtout chez les « cousins » nordiques, et seulement 600 sont revenus. Il est par contre positif pour les citoyens étrangers : 1650 (dont 610 Polonais) sont arrivés en Islande et 540 en sont partis (dont 130 vers la Pologne). Il y a donc au 1er avril 2016 8.3% d’étrangers sur l’île.
La plupart des étrangers installés en Islande se félicitent de l’accueil qu’ils reçoivent, mais cela ne va pas sans quelques crispations :
•politique très restrictive appliquée par l’Office de l’Immigration, qui repousse tout immigrant économique (hors Espace Economique Européen) et n’hésite pas à expulser des familles installées depuis plusieurs mois (voir illustration dans Grapevine : http://grapevine.is/news/2016/05/27…),
•difficulté pour le même Office à trouver des logements pour les réfugiés accueillis récemment (il est vrai que la concurrence de Airbnb est rude : Reykjavík et au monde la ville où l’offre est la plus forte comparée au nombre d’habitants !),
et ceci, que l’on aimerait n’être qu’une anecdote : le chanteur Unnsteinn Manuel Stefánsson (Retro Stefson) a été présentateur pour l’Islande à l’Eurovision 2016. Commentaire paru sur Facebook « Quoi ? un nègre comme visage de l’Islande ? » Réaction de l’intéressé, dont la mère est angolaise et le père islandais : « il vaut mieux cela que le silence ! ». Veut-il dire que ce silence serait bruyant ?
Actualité culturelle

Comme souvent elle sera franco-islandaise :
•En souvenir de Solveig Anspach, décédée le 7 août 2015, son film inachevé « l’Effet Aquatique » a été présenté au Festival de Cannes et a reçu le Prix SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) de la Quinzaine des Réalisateurs,
•Autre hommage, celui dédié par l’Orchestre Symphonique d’Islande à Jean-Pierre Jacquillat qui en fut le directeur musical de 1980 à 1986, avec un concert prévu le 9 juin à Harpa. Au programme : Rolf Martinsson et Gustav Mahler (4ème symphonie),
•Et au moment même où j’écris (29 mai), à Paris, sous la Pyramide du Louvres : « Le pianiste berlinois Nils Frahm installe pianos, orgues et machines sous la pyramide pour un concert exceptionnel en duo avec le musicien et producteur Ólafur Arnalds (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%93lafur_Arnalds)… jusqu’au lever du jour ! » (programme du Louvre).
Relations internationales
•Le 14 mai les chefs de gouvernement des cinq Pays Nordiques, et leur ministre des Affaires Etrangères ont été reçus en visite officielle aux États-Unis et ont rencontré Barack Obama (voir communiqué de la Maison Blanche https://www.whitehouse.gov/the-pres…) et John Kerry. Le sujet principal était la sécurité, face notamment aux fréquentes incursions russes dans les airs ou les eaux de ces pays. Par ailleurs Sigurður Ingi a invité Barack Obama à une visite en Islande,
•A l’occasion de l’entrée du Monténégro dans l’Alliance Atlantique, le 21 mai, Lilja Alfreðsdóttir, nouveau ministre des Affaires Étrangères, a exclu toute révision du soutien de l’Islande au boycott de la Russie malgré ses conséquences sur les exportations.
Pendant ce temps la vie continue
•06/05 : diffusion du dernier annuaire téléphonique sur papier. Le premier a été édité en 1905,
•11/05 : la consommation d’eau (des toilettes) diminue sensiblement lorsque Greta Salóme Stefánsdóttir chante à l’Eurovision, mais cela ne suffit pas pour qu’elle accède à la finale !
•20/05 : les porteurs de psoriasis pourront accéder gratuitement au Blue Lagoon,
•30/05 : 60 toilettes vont être installées sur l île pour faire face à l’afflux de touristes,

et ceci qui vaut pour plusieurs jours :
•18/05 : Hrafnhildur Lúthersdóttir gagne la médaille d’argent du 50 mètres brasse aux championnats d’Europe !!! Le commentateur français encense les médailles d’or et de bronze de cette course, et ne dit mot de Hrafnhildur : incapacité à prononcer son nom ?

Hrafnhildur Lúthersdóttir crédit youtube.com