Chroniques islandaises – septembre 2015

Cette chronique de septembre sera surtout économique, domaine négligé dans mes précédents écrits, et un peu politique. (Michel Sallé)

Mais il est impossible d’évoquer un PNB progressant à un rythme supérieur à 4% et des Pirates qui s’obstinent à rassembler les intentions de vote d’un tiers des électeurs sans d’abord faire une place à cette « une » du quotidien Fréttablaðið (4 septembre) : par leur victoire obtenue à Amsterdam contre l’équipe des Pays Bas, les « strákar » (garçons) se qualifient pour la phase finale de l’Euro de football qui se déroulera en France fin juin !

foot

Il y avait 4000 supporters à Amsterdam. Combien seront-ils à Paris ? 350000 quand l’Islande disputera la finale ?

Il n‘y a pas que le football masculin, les filles ont montré la voie ! Et les basketteurs ont fait une prestation plus qu’honorable au championnat d’Europe !!!

Au point qu’un journaliste m’interpelle : y-a-t il un lien entre ces résultats, la crise et la sortie de crise ? Selon ses informations, certains chômeurs se seraient reconvertis en entraîneurs !

Les bons résultats des équipes islandaises ne datent pas de 2010, en handball féminin et masculin, par exemple ; et la célèbre équipe de France championne du monde de football n’a-t-elle pas fait match nul à Reykjavík pour son premier match d’après coupe ? Il est vrai que le terrain n’avait pas la longueur réglementaire… Je suggère à ce journaliste d’aller chercher du coté de l’importance du sport à l’école, comme celle des disciplines artistiques, du goût de la compétition, en même temps que l’esprit d’équipe et la solidarité, et le soutien de tous dans l’adversité. Le lien entre sport et sortie de crise est ici : ce sont évidemment ces qualités qui ont permis aux Islandais de revenir à un niveau économique enviable dans de bonnes conditions, beaucoup plus que l’application de telle ou telle politique économique, de droite ou de gauche…

Actualité économique

Et voici la transition : l’Islande est-elle totalement sortie de la crise ? Les résultats sont là, les nuages aussi.

Deux documents permettent de faire le point : un rapport de l’OCDE et le projet de budget :

Le rapport de l’OCDE

Ce rapport (voir une synthèse en français du rapport : http://www.oecd.org/fr/eco/etudes/Islande-synthese-2015.pdf

l’intégralité du rapport est accessible sur http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/economics/oecd-economic-surveys-iceland-2015_eco_surveys-isl-2015-en#page9 , il contient notamment en sa page 9 un excellent tableau statistique de la situation de l’île) est présenté à Reykjavík par Angel Gurría Secrétaire général de l’OCDE. Le premier tableau, ci-contre, est éloquent : selon les prévisions de l’OCDE, la croissance du PIB devrait s’établir à 4.3 % en 2015 et 2.7 % en 2016, – soit bien plus que la moyenne prévue pour les pays de l’OCDE – et poursuivre sur cette lancée jusqu’en 2020.

Principaux indicateurs macroéconomiques

Voici des résultats qui satisferaient plus d’un ! Et pour faire bonne mesure, l’OCDE note un budget à l’équilibre et une réduction sensible de la dette publique et de celle des ménages.

Mais toujours selon l’OCDE des menaces existent :

– la levée du contrôle des changes, projet ambitieux dont la réussite, encore incertaine, conditionne la consolidation des progrès constatés,

– les augmentations de salaire accordées au printemps, potentiellement génératrices d’inflation, et qui montrent combien l’économie est vulnérable,

– l’émigration de personnels qualifiés, concomitante avec l’immigration de personnels peu qualifiés employés notamment dans le tourisme.

A plus long terme, l’OCDE souligne la nécessité d’améliorer la productivité, dont elle explique la faiblesse – très relative, puisque selon ses critères la productivité islandaise est certes inférieure à celle des autres pays nordiques, mais légèrement supérieure à l’OCDE dans son ensemble ! -, par le peu de concurrence interne et le taux élevé d’abandon des études pendant le deuxième cycle de l’enseignement secondaire.

Voici les dangers de raisonnements uniquement normatifs : les Islandais quittent l’école tôt, mais y reviennent plus tard, pour avoir, toujours selon l’OCDE, le plus grand nombre d’années d’étude au cours de leur vie. Et qui a travaillé en Islande a pu constater que la plupart des employeurs y sont bien plus ouverts et souples que dans tel pays plus proche de nous, ce qui explique notamment que l’âge de la retraite n’y est pas un enjeu.

L’OCDE n’apporte pas d’explication au graphique ci-contre qu’elle publie, et qui montre que le « bien-être » est plus élevé en Islande que dans l’ensemble de l’OCDE. N’est-ce pas l’essentiel ?

D’autres menaces existent, plus conjoncturelles :

– l’instabilité des cours mondiaux du poisson, et la décroissance des prises,

– la fermeture brutale de certains marchés, russes et nigérians pour prendre des exemples récents,

– l’instabilité des cours mondiaux de l’aluminium et une tendance probable à la réduction de la demande.

Le projet de budget 2016 (voir http://www.ministryoffinance.is/news/nr/19961)

Comme le souligne Bjarni Benediktsson, Ministre des Finances, le budget 2016 est dans la continuité de ceux présentés par l’actuel gouvernement :

– budget équilibré, avant paiement de la dette, et réduction de celle-ci,

– réduction de certains droits de douane sur des produits courants, notamment vêtements,

– réduction de la pression fiscale sur les foyers,

– accent mis sur les dépenses de santé, de formation, et de recherches.

Derrière ce budget de bon « père de famille », il sera intéressant de connaître le détail et les réactions des intéressés, tant en ce qui concerne les ressources que les dépenses. Les premiers débats semblent montrer qu’il n’est pas si social qu’il paraît. A voir lors du débat à l’Alþingi.

Autres informations économiques

 

– le gouvernement confirme son projet de réduire la participation de l’État dans le capital de Landsbanki, dernière des trois grandes banques à n’être pas totalement privatisée. Actuellement actionnaire à 70%, l’État ne garderait que 40% du capital,

– à l’issue d’une négociation de deux ans, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche, a signé avec l’UE un accord de réduction des droits de douane sur un nombre important de produits agricoles, dans les deux sens. Le Ministre Sigurður Ingi Jóhannsson, habitué aux critiques, dit son espoir d’y échapper cette fois car l’accord est avantageux pour les consommateurs islandais. Mais déjà les associations du secteur de l’agriculture montent aux créneaux !

Actualité politique

Après Gunnar Bragi Sveinsson, Ministre des Affaires Etrangères, inflexible sur le soutien à l’UE dans sa politique à propos de l’Ukraine, c’est donc au tour de Sigurður Ingi de se démarquer des orientations essentielles du Parti du Progrès, volontiers protectionniste pour défendre les fermiers islandais. Il est vrai que ces orientations sont de mois en moins lisibles. Cause ou conséquence d’une désaffection qui parait inexorable : pendant que le gouvernement progresse de 33.2% à 34.4% (sondage MMR du 3 septembre, comparé à la situation au 30 juillet), le parti du Premier Ministre passe de 12.2% à 11.4%, alors que son allié retrouve doucement des couleurs, de 23.1% à 25.3%. Dans l’opposition Avenir Radieux repasse la barre fatidique des 5% (niveau nécessaire pour avoir des représentants à l’Alþingi), de 4.4% à 5.8%, ce qui entraîne une diminution des intentions de vote pour les Pirates, de 35 à 33%. L’Alliance Social démocrate progresse légèrement, de 9.6 à 10.6%, et la Gauche Verte décline de 10.2 à 9.6%.

Pour ce qui concerne Avenir Radieux il faut se souvenir que ce parti a été fondé en 2012 par Guðmundur Steingrímsson alors député du Parti du Progrès. Avant les élections locales de 2014, les amis de Jón Gnarr, Maire de Reykjavík mais ne voulant pas se représenter, ont rejoint Avenir Radieux pour présenter une liste dirigée par l’un d’entre eux, le comédien Björn Blöndal. Le succès n’a pas été au rendez-vous puisque Avenir Radieux n’a obtenu que deux sièges au lieu des six espérés, comme si la greffe entre politiciens chevronnés et artistes ne pouvait prendre. L’un de ceux-ci a pourtant décidé de relever le défit après l’éloignement de Guðmundur : Ottar Proppé, chanteur et acteur, élu député de Reykjavík en 2012 sur la liste de Avenir Radieux. Saura-t-il donner à Avenir Radieux cette image, essentielle aujourd’hui en Islande, de « nouveau parti » qu’il avait perdue au profit des Pirates ?

Relations internationales

Reykjavík et Israël

J’ai consacré ma précédente chronique aux relations extérieure de l’île. Rien d’essentiel ne justifie d’y revenir. Mais voici que la Ville de Reykjavík semble décidée à avoir sa propre politique étrangère : le 15 septembre le Conseil Municipal vote une résolution prévoyant le boycott par la ville des produits venus d’Israël tant que durera l’occupation de territoires palestiniens. L’occasion est trop belle pour le Premier Ministre et le Ministre des Affaires Etrangères de rappeler à l’ordre Dagur Eggertsson, Maire tout puissant de la capitale (voir http://www.mfa.is/news-and-publications/nr/8486). Celui-ci doit d’abord expliquer que le texte était mal rédigé, ne visant que les produits venus des « territoires occupés », puis décider son retrait pour être remplacé par un autre plus clair, mais qui pourrait bien ne jamais voir le jour. Premier faux pas d’un homme qui se prépare discrètement un destin national ?

Réfugiés : 9 Islandais sur 10 veulent que l’Islande reçoive des réfugiés (sondage MMR du 4 septembre)

…et en nombre ! 30.2% croient que l’Islande doit accueillir plus de 500 réfugiés, alors que pour moins de 20% ce nombre devrait être limité à 50. Le Premier Ministre qui avait annoncé fin juillet que son pays recevrait 50 réfugiés en deux ans se trouve déjugé et son gouvernement doit changer de cap (voir communiqué http://www.mfa.is/news-and-publications/nr/8487) : une commission spéciale est créée pour préparer l’accueil de réfugiés et la somme de 2 milliards d’Ikr (14 millions €) sur deux ans leur sera consacrée pour :

– apporter une contribution aux divers organismes internationaux en charge de ce problème,

– accueillir des réfugiés sur le territoire islandais,

– participer à des actions internationales permettant de limiter l’afflux de réfugiés.

Pendant ce temps la vie continue…

02.09 : conséquence du développement du tourisme : 143 étrangers ont été impliqués dans un accident de voiture au cours des 6 premiers mois de 2015, soit 43% des accidents, contre 85 en 2014. Il s’agit dans la plupart des cas de sorties de route après dérapage,

03.09 : autre conséquence : selon le journal Fréttablaðið 53 des 354 magasins du centre de Reykjavík sont dédiés aux touristes ; seulement ? Il y a aussi 112 restaurants et bars…

17.09 : les recettes de Gilhagi, la société de l’écrivain Arnaldur Indriðason, ont été de 120 millions d’Ikr (835000 €) après impôts en 2014, un peu moins que 2012 (139 millions d’Ikr),

 20.09 : 12% des Islandais vivent à l’étranger,

22.09 : Katla a bougé à 02h15,

24.09 : 73% des habitants de Reykjavík ont été satisfaits de la météo de cet été. On voit sur la carte ci-dessous que ne n’est pas le cas de tous leurs concitoyens !

29.09 Aurore ! l’aigle islandais s’envole !!!, pour Paris et l’Euro ?

Actualités : juin -août 2015

Actualités : juin -août 2015

Les pages ci-dessous doivent beaucoup à d’autres que je remercie ici. Mais, évidemment, elles n’engagent que ma seule responsabilité. Ce texte a été terminé le 4 septembre 2015. Pour les événements intervenus depuis, certainement nombreux, je vous renvoie au site de notre association France-Islande et à celui de l’Ambassade d’Islande en France.

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Les mois passés ont été décrits ici comme des mois de bouillonnements : montée des Pirates, passage en force du gouvernement à propos de la négociation d’adhésion à l’UE, et, plus récemment, grèves pour des revendications apparemment irréalistes, hésitations autour de la levée du contrôle des changes… Et voici que le mois de juin paraît celui des solutions. Sur le « front social » : les nombreux accords dans le privé comme dans le public permettent d’écarter la menace d’une grève générale. Pour ce qui concerne la levée du contrôle des changes, le gouvernement annonce un plan qui est salué de toutes parts pour sa qualité. Mais pour calmer de justesse la fronde sociale, il doit accepter des concessions politiquement douloureuses, coûteuses et évidemment non inscrites au budget. Pourra-t-il les financer avec la taxe qu’il veut imposer pour lever le contrôle des capitaux ? Beaucoup de voix s’élèvent, notamment la Banque Centrale, pour crier au risque de relance de l’inflation… D’ailleurs, l’incendie est-il vraiment éteint ?

La levée du contrôle des changes :

Et d’abord pourquoi a-t-on instauré ce contrôle ? Dans les années précédant la crise de 2008, un certain nombre de fonds – fonds souverains notamment – spéculent sur la monnaie islandaise sans que les autorités islandaises s’en émeuvent, heureuses de voir la couronne objet de tant de sollicitude. Ce sont ainsi, au moment de la crise, environ 600 milliards d’Ikr (soit 4.2 milliards d’euros – 42% du PNB islandais d’alors) de Glacier bonds libellés en Ikr que détiennent des opérateurs étrangers et dont il faut à tout prix éviter la sortie sous peine de voir la couronne chuter plus encore. Un contrôle des changes drastique est décidé avec l’approbation du FMI. La situation devient plus difficile encore à mesure que les liquidateurs des trois banques en faillite parviennent avec un réel succès à réaliser leurs actifs. Ce sont 900 milliards d’Ikr, détenues tant par des résidents islandais que par des non-résidents, qui viennent s’ajouter aux avoirs évoqués précédemment mais réduits entre temps de moitié à l’occasion de négociations avec la Banque Centrale, soit au total 1200 milliards d’Ikr, plus de 8 milliards € au cours actuel.

L’essentiel du plan annoncé et voté le 7 juin consiste à encadrer très étroitement la sortie de ces sommes gigantesques par des accords avec les liquidateurs des anciennes banques, ou à défaut les soumettre à une « taxe de stabilité » fixée à 39% de leurs actifs.

La taxe de stabilité devrait apporter au Trésor islandais 640 milliards d’Ikr (4.3 milliards d’€). Quels que soient les choix des opérateurs, ces mesures devraient selon leurs promoteurs suffisamment alléger la charge sur les marchés pour que le cours de la monnaie soit maîtrisé.

Il y a bien sur débat autour de l’utilisation de ces milliards d’Ikr (1/3 du PNB !). Construction du nouvel hôpital, souhaitent les cigales ; résorption de la dette publique rétorquent les fourmis, dont évidemment le Président de la Banque Centrale, très inquiet pour le niveau des prix…

Et certains se distinguent en faisant remarquer que ce plan n’apporte aucune solution à la fragilité de la monnaie, qui reste exposée à un retour au contrôle des changes en cas de turbulences.

Actualité sociale

Ces derniers mois, pendant lesquels devaient être renégociés une majorité d’accords salariaux, étaient lourds de menaces sociales tant les organisations de salariés paraissaient prêtes à aller jusqu’au bout de revendications jugées irréalistes par leurs interlocuteurs. Toutes ces revendications devaient confluer en une grève générale en juin. Il était clair que l’objectif était de faire plier un gouvernement jugé sourd et aveugle. Celui-ci finit par céder et prend fin mai des mesures susceptibles de faciliter les négociations,  telles qu’une réforme de l’impôt sur le revenu pour alléger la charge sur les bas revenus, ou, pour ce qui concerne le logement, des actions pour réduire les coûts de construction, et des aides à la location pour les revenus les plus modestes.

Le signal permet un lent dégel de la situation. Le 29 mai, la fédération des salariés du commerce et d’autres fédérations qui se sont jointes à elle signent un accord qui concerne 70000 salariés et sera approuvé ultérieurement par environ 70% d’entre eux. Les augmentations sont significatives notamment pour les bas salaires puisque le minimum sera porté à 300000 Ikr (2000€) au 1er mai 2018 (aujourd’hui 230000 Ikr, soit +30%), alors que des salaires de 550000 Ikr n’augmenteront « que » de 90000 IKr (+16.4%).

Cet accord fait école… Les plus réticents sont dans le privé les techniciens et ouvriers de l’industrie électrique et les salariés de la restauration, dans le public les infirmières issues de l’Université. Les premiers signent après de longues négociations un accord proche des précédents. La situation est beaucoup plus dure du côté des infirmières de l’Hôpital National. Dans un secteur en sous-effectif à la suite des économies décidées par le gouvernement, la grève se fait immédiatement sentir. Mais les infirmières restent sourdes aux appels. S’agissant du secteur public le gouvernement peut faire voter une loi de réquisition, ce qu’il se décide à faire après beaucoup d’hésitations le 12 juin : la grève est interdite et les parties ont jusqu’au 1er juillet pour trouver un accord, sinon il appartiendra à un tribunal arbitral de trancher. Pendant que 250 infirmières, soit 1/4 d’entre elles, démissionnent, la négociation reprend et se conclut par un accord signé le 23 juin, jugé préférable par les négociateurs à l’arbitrage du tribunal. Les infirmières recevront une augmentation de 18.6% sur les quatre années à venir. Mais l’accord ne semble pas satisfaire les intéressées. Le contentieux est en cours de jugement.

Actualité politique

Malgré le gros effort de communication autour du projet de lever du contrôle des changes, qualifié par un Premier Ministre toujours prêt à l’autopromotion comme le plus ambitieux de toute l’histoire économique de l’île, les sondages vibrent peu. Le gouvernement progresse de 31.4% (mai 2015) à 33.2% (4 août 2015) au profit du Parti de l’Indépendance, 23.1% (21.2 en mai), comme du Parti du Progrès : 12.2% (11.3% en mai). Dans l’opposition le Parti Pirate se stabilise autour de 35% et continue de représenter à lui tout seul la même audience que le gouvernement. Les autres partis bougent peu : Alliance social démocrate : 12.2% (11.8 en mai), la Gauche Verte : 10.2% (11.1en mai). Seul Avenir Radieux poursuit sa descente aux enfers (4.4%) et n’aurait donc plus de député alors qu’il en a 6 aujourd’hui, ce qui devrait entraîner le départ de l’un de ses fondateurs Guðmundur Steingrímsson.

Le 17 juin, jour de fête nationale, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, Premier Ministre, est conspué pendant son traditionnel discours prononcé au pied de la statue de Jón Sigurðsson, héros national dont le 17 juin est l’anniversaire de naissance. Personne n’entend que « nous célébrons aujourd’hui et nous réjouissons d’être membres d’une grande famille avec ses diversités. Ce jour nous appelle à l’unité, il nous rappelle que nous sommes une communauté avec une histoire et une culture communes, une communauté dont l’unité est source d’engagement et de réussite ».

Actualité internationale

L’été est marqué par trois événements :

Relations franco-islandaises : la visite de Ségolène Royal

Depuis quelques années les relations entre France et Islande, jusqu’ici distantes, s’intensifient et prennent un tour concret avec notamment l’organisation de colloques par la Chambre de Commerce Franco-islandaise. Le dernier a eu lieu à Paris le 16 avril 2015 en présence du Président Ólafur Ragnar Grímsson, de Laurent Fabius et de Ragnheiður Elín Árnadóttir, Ministre de l’Industrie. Le thème choisi – la géothermie – fournit l’occasion d’approfondir avec la signature d’accords entre les Universités d’Islande et de Strasbourg une coopération déjà engagée.

En venant en Islande les 29 et 30 juillet la ministre française répondait à une invitation de son homologue islandaise. Cette visite a été l’occasion de la signature sous l’égide de la Chambre de Commerce Franco-islandaise d’accords entre les clusters français et islandais de la géothermie, jetant les bases d’une véritable coopération industrielle.

ORG Royal Ségolène au Blue Lagoon crédit IceNews

Et ce n’est pas fini puisque le président Hollande se rendra en Islande en octobre à l’occasion de la conférence « Arctic Circle » dans le cadre de la préparation de la Cop 21.

Les Russes

Ils emplissent l’actualité du mois d’août quand on apprend que, mettant à exécution une menace brandie voici plusieurs mois, ils ont décidé de se passer de produits islandais, notamment le maquereau. Ils veulent ainsi punir l’Islande, avec l’Albanie, le Liechtenstein, le Montenegro et l’Ukraine, de leur participation au boycott décidé par l’Union européenne et l’OTAN. Les estimations des conséquences varient, allant du dramatique au rassurant mais il est certain que les grands armateurs ainsi que certaines villes vivant de la pêche seront affectés.

Au-delà des conséquences économiques, l’irruption intempestive des Russes est un énorme pavé dans la mare. Elle jette une lumière crue sur la politique extérieure de l’Islande, et ce à plusieurs niveaux :

* celui de la prise de décisions et de la place qu’y occupent certains lobbies,

* celui de l’absence d’une vision claire et partagée sur la place de l’Islande dans le monde,

*celui d’institutions dont la vie repose essentiellement sur le compromis, alors qu’une politique extérieure est faite de choix

Les migrants

Les migrants fournissent une autre illustration de l’attitude des Islandais vis-à-vis du monde extérieur. Après les Russes, ils font irruption dans la presse des derniers jours d’août. Le Premier Ministre Sigmundur Davíð (Parti du Progrès)

Sigmundur davið gunnlaugsson Sigmundur Davíð

avait décidé fin juillet que son pays recevrait 50 d’entre eux en deux années. Levers de boucliers : ce n’est pas assez ! Les diverses municipalités se disent prêtes à faire des propositions. Sur la page Facebook «Kæra Eygló Harðar – Sýrland kallar » (« Chère Eygló Harðar – Ministre des Affaires Sociales – la Syrie appelle ») ce sont 5000 Syriens que l’on se dit prêts à accueillir… La Croix-Rouge reçoit la candidature de 700 bénévoles prêts à favoriser cet accueil, et une multitude de fournitures ! Tous les « saumaklúbbar » (clubs de couture) sont engagés dans la confection de vêtements chauds ! Rappel : les Islandais sont 330000, soit 1 pour 200 Français et pour 1000 Européens…

Actualité économique

Qu‘il s’agisse de la levée du contrôle des changes, ou des augmentations de salaire, Már Guðmundsson, Président de la Banque Centrale (BCI), est inquiet. Il est le gardien du niveau des prix et a pour mission de les maintenir en dessous de 2.5%. Dès le 10 juin, le taux de base bancaire est porté à 5% (+ 0.5%) puis à 5.5%, et ce n’est pas la dernière augmentation.

Pourtant le 29 juin la banque centrale se félicite de la progression de la note de Moody’s, de Baa2 à Baa3 ; de la même manière qu’elle peut être satisfaite du commentaire positif du FMI.

Il est vrai que les prévisions confortent la satisfaction qu’expriment en toutes occasions les membres de la majorité, notamment les présidents des deux partis : progression du PNB de 4.1% en 2015, portée par l’investissement (+18.2%) et la demande intérieure (+6.1%), et malgré cela une balance commerciale à l’équilibre. Pourtant des nuages sont apparus pendant l’été, inattendus comme le boycott russe ou la fermeture du marché nigérian, attendus comme la reprise de l’inflation après les accords salariaux signés au printemps ; auxquels il faut ajouter des alertes comme la chute de certains cours mondiaux du poisson et ceux de l’aluminium. Certains projets industriels devraient être revus.

Autres :

Grande journaliste, francophile et francophone, Elín Pálmadóttir est connue pour ses travaux sur ces pêcheurs partis de côtes françaises pour pêcher autour de l’Islande, et dont 4000 ne seraient pas revenus. C’était une belle idée de l’Ambassade de France de la décorer de la Légion d’Honneur sur la goélette « l’Etoile », mais la météo en a décidé autrement. C’est donc le Musée Maritime de Reykjavík qui a été choisi.

Elin

Pendant ce temps la vie continue :

* 04/06 : la police de la région sud de l’Islande a en un an distribué 800 contraventions pour non respect du code de la route, dont environ la moitié à des conducteurs étrangers ; faudrait-il traduire les panneaux ?

* 12/06 : en football, l’Islande a raison de la Tchécoslovaquie 2-1. Sûr que la présence de Sigmundur Davíð et Bjarni alors qu’ils étaient attendus à l’Alþingi y a contribué !

* 25/06 : Páll Valur Björnsson, député d’ »Avenir Radieux » veut que chaque session de l’Alþingi débute par une chanson ; nul doute que son parti va ainsi enfin bousculer les sondages !

* 26/06 : Ragnhildur Jónsdóttir, seule Islandaise à croire aux Elfes, est mécontente du projet de construction de l’aéroport domestique sur le Hvassahraun, car on y dérangerait « ses » Elfes. Elle propose de le construire ailleurs ; mais ne dit-elle pas que les Elfes et leurs compagnons hantent toute l’île ?

* 25.08 le jour le plus chaud de l’été : 18° à Reykjavík, dont les piscines et la plage ont été prises d’assaut,

Températures crédit vedur.is

* 28.08pour la « Menningarnótt » (Nuit de la culture) 120000 personnes défilent sous la pluie…

Menningarnótt crédit Grapevine

 

Décès de la réalisatrice Sólveig Anspach

SolveigLa réalisatrice franco-islandaise Sólveig Anspach est décédée le 7 août à l’âge de 54 ans des suites d’un cancer dans sa maison dans la Drôme.

Née en Islande en décembre 1960, elle s’était fait connaître du grand public en 1999 grâce à «Haut les coeurs», un film bouleversant sur une femme enceinte, atteinte d’un cancer du sein, une fiction inspirée de sa propre expérience de la maladie.
Le succès du film avait été immédiat et l’actrice Karin Viard qui interprétait la femme enceinte avait obtenu le César de la meilleure actrice l’année suivante.
Mais Sólveig Anspach a également réalisé plusieurs autres films et documentaires, parlant notamment de la peine de mort dans «Made in the USA», de Louise Michel dans un documentaire qu’elle réalise pour la télévision en 2008 ou encore du deuil dans «Queen of Montreuil», un film qui raconte la banlieue autrement.
«J’en ai marre qu’on montre toujours la même chose de la banlieue comme si c’était un coupe-gorge atroce avec des voitures qui brûlent», expliquait-elle au moment de la sortie du film en 2013.

L’an dernier elle avait séduit plus de 500 000 spectacteurs avec «Lulu femme nue», un film tiré de la bande dessinée éponyme d’Etienne Davodeau.
Elle y racontait avec sensibilité et drôlerie la vie d’une quadragénaire devenue transparente dans sa vie, à nouveau interprétée par Karin Viard. Le film avait reçu le César de la meilleure adaptation.
Ces derniers mois, la réalisatrice franco-islandaise travaillait au montage de «l’Effet aquatique», le dernier film d’une trilogie de comédies décalées entamée avec «Back Soon» sorti en 2006 et suivi quelques années plus tard de «Queen of Montreuil».
Avec toujours au casting l’impressionnante actrice islandaise Didda Jónsdóottir, mais également Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi, devenus des fidèles de la réalisatrice.
La sortie du film reste prévue en 2016, selon son agent.
«Je suis toujours pressée parce que j’ai l’impression que la vie peut s’arrêter demain» déclarait-elle dans une interview au magazine Télérama en 2013.

 

 

Hommage à Jacques Mer

Jacques Mer crédit bibliomondeJacques Mer, ancien président de notre association, est décédé le 17 juin, jour de la fête nationale islandaise, à l’âge de 87 ans.

Jacques Mer a été ambassadeur de France en Islande de 1988 et 1992 et son action est restée dans la mémoire de beaucoup d’Islandais, tant il a su montrer de l’intérêt pour ce pays et ses habitants ; l’intérêt qu’il a prolongé par son « Portrait de l’Islande » et de nombreux articles.

Il a ensuite présidé l’association France-Islande de 1994 à 2004.Victime d’un accident vasculaire cérébral et ne pouvant plus exercer dans des conditions convenables la présidence, il a décidé de remettre sa démission.

Il a été rédacteur en chef de notre revue Courrier d’Islande de 2004 à 2009 et en a rédigé l’article sur les actualités jusqu’en 2008. Il a continué à œuvrer dans l’ombre en relisant les « Fréttir » de Michel Sallé que vous trouvez dans notre revue.

 

 

Actualités : mars -juin 2015

 

Les pages ci-dessous doivent beaucoup aux travaux et à la vigilance de Jacques Mer, que je remercie ici. Mais, évidemment, ils n’engagent que ma seule responsabilité. Ce texte a été terminé le 4 juin2015. Pour les événements intervenus depuis, certainement nombreux, je vous renvoie au site de notre association France-Islande et à celui de l’Ambassade d’Islande en France.

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Eruptions :

A peine Holuhraun a-t-il cessé de cracher gaz et laves, avec les conséquences rapportées dans le dernier Courrier, qu’une autre éruption vient troubler l’actualité islandaise, politique cette fois : celle des Pirates ! Partis de 5.1% et donc trois députés, aux élections de 2013, les voici crédités de 30% d’intentions de vote par les sondages, à la grande surprise des observateurs les plus sérieux, même le rédacteur de ces lignes !  Comme pour toute éruption il y avait des signes avant-coureurs fidèlement rapportés ici, mais rien ne laissait présager le doublement des intentions de vote en un mois. Pour que le Parti des Pirates devienne selon certains sondages le premier parti politique de l’île, devant le Parti de l’Indépendance, il a fallu une lettre de Gunnar Bragi Sveinsson, Ministre des Affaires Etrangères (Parti du Progrès), remise le 12 mars à son homologue lituanien – la Lituanie assure la présidence de l’UE – lui annonçant que l’Islande ne veut plus adhérer à l’UE,

La lettre de Gunnar Bragi

On attendait depuis plusieurs mois le dépôt d’une motion autorisant le Ministre à stopper le processus d’adhésion à l’UE engagé en juillet 2009, cette même motion qu’il avait dû retirer au printemps 2014 après que des milliers de manifestants aient rappelé aux deux partis au pouvoir leur engagement d’organiser un référendum sur le sujet. Voici que Gunnar Bragi prend tout le monde de vitesse : il n’y aura pas de référendum, pas même de vote d’une motion à l’Alþingi. L’opposition paraît désemparée. Sa première réaction est d’envoyer une « contre-lettre » à l’UE dans laquelle elle dénonce le procédé : « le gouvernement n’a l’accord ni du parlement ni du peuple pour changer la position de l’Islande vis à vis de l’Union Européenne dans le sens indiqué dans la lettre du ministre ». Les dirigeants de l’UE considèrent eux aussi que les formes n’ont pas été respectées mais doivent prendre acte de la décision sans surprise du gouvernement islandais.

Le 12 mars au soir quelques centaines de personnes bravent la tempête pour protester devant l’Alþingi. Le samedi suivant, entre deux tempêtes, ils sont 8000, manifestant plus pour la démocratie que pour l’adhésion à l’UE. Mais à ce jour aucune autre manifestation n’est organisée. Gunnar Bragi paraît avoir gagné, mais à quel prix ?

Partis politiques : redistribution ?

Depuis mars et l’éruption des Pirates, les tendances ont été confirmées : selon un sondage du 20 mai, les Pirates sont maintenant à 31.4% (5.1% au à l’élection législative d’avril 2013), alors que le Parti du Progrès – parti du Premier Ministre et du Ministre des Affaires Etrangères – fait le chemin inverse : 8.6% contre 24.4% voici deux ans. Avec 23.4% (25.5% lors de l’élection) le Parti de l’Indépendance est exactement à son niveau des élections perdues de 2009 alors qu’il était considéré comme responsable de la crise. Mais, à l’exception des Pirates, les partis d’opposition ne profitent pas de la situation : 15.5% pour l’Alliance Social-démocrate (12.9% en 2013), 10.8% pour la Gauche Verte (10.9% en 2013), et 6.2% (8.3% en 2013 pour Avenir Radieux. Comme les Pirates, ce dernier est un « nouveau parti » mais sa faible activité et quelques dissensions internes ont entraîné un véritable déversement d’électeurs potentiels vers le parti du « Capitaine » Birgitta Jónsdóttir.

Les grèves :

Ce n’est pas seulement dans les sondages que les électeurs islandais expriment leur mécontentement, mais aussi dans les grèves, qui se multiplient tout au long d’avril et mai.

Le système syndical salarié est complexe, associant à la fois des organisations locales et des organisations professionnelles et même une puissante fédération des diplômés de l’enseignement supérieur.  Les organisations de salariés du secteur privé sont presque toutes rattachées à l’ASÍ, celles du secteur publique au BSRB, mais d’importantes fédérations sont indépendantes, telles celles des enseignants,  des personnels hospitaliers ou des salariés des banques.

Le plus souvent des accords « au sommet » ont été négociés par ces deux confédérations et SA, fédération des syndicats d’employeurs, ainsi l’Accord de Stabilité signé en juin 2009 pour 3 ans, et que l’on peut considérer comme l’un des principaux facteurs de la sortie de crise.  En décembre 2013, sous la pression du gouvernement, un accord national est signé pour un an limitant les augmentations à 2.8% afin de ne pas relancer l’inflation. Mais cet accord est très contesté par la base ; près de la moitié des organisations rattachées à l’ASÍ le récusent et négocient directement avec les employeurs de leur secteur.

Compte tenu de cette expérience, et s’abritant derrière le non respect des engagements gouvernementaux, l’ASÍ laisse chaque fédération négocier de son coté. Les revendications, qui concernent environ 130000 salariés, vont de 17 à 70% d’augmentation, avec la demande de porter le salaire minimal à 300000 Ikr (2000€) ; ce qui est jugé irréaliste par les fédérations patronales. Conformément à la loi, les litiges doivent être soumis au Médiateur National ; c’est seulement en cas d’échec que la grève peut être décidée, à la majorité des adhérents au syndicat concerné. Fin mai pourtant un accord signé avec les plus importantes fédérations du secteur privé permet d’espérer la fin des conflits, alors qu’on commence à s’inquiéter pour la saison touristique. Il faut pour cela que le gouvernement s’engage sur une importante réduction d’impôts pour les revenus modestes et une meilleure maîtrise des loyers.

En fait c’est à une véritable crise de confiance que l’on assiste. Là où les trois parties prenantes (employeurs, employés et gouvernement) avaient su conjuguer leurs efforts en 2009 pour parvenir à l’Accord de Stabilité, tout semble s’être délité. Phénomène classique de sortie de crise ?  Certainement, mais les promesses démagogiques du Premier Ministre, plus chef d’un parti en perdition que chef de gouvernement, et l’attitude hautaine du Ministre des Finances et président du Parti de l’Indépendance, sont pour beaucoup dans le climat actuel. Ce qui permet de qualifier ces mouvements sociaux de « politiques ».

La situation économique :

 Car le gouvernement peut mettre en avant que la situation économique, même encore fragile, est bonne et que les salariés en ont reçu une part. Sous l’effet des augmentations accordées au cours des mois passés, les salaires étaient en avril 2015 supérieurs de 5.2% à ceux d’avril 2014 et de 10.2% à ceux d’avril 2014. Comme les prix restent étonnamment sages (hormis l’immobilier), le pouvoir d’achat des salariés a progressé de 3.7% depuis avril 2014 et 6.2% depuis avril 2013.

Après un repli à 1.9% pour 2014, le PNB est attendu à 3.8% pour 2015 et 3.2% en 2016, porté par un accroissement de l’investissement. Pour ce qui concerne le commerce extérieur, malgré un ralentissement des exportations (-3.3%) en prix courants mais une progression des importations de biens de 2.8% et, le solde pour 2014 reste légèrement positif. La tendance est la même pour les premiers mois de 2015.

Quant au chômage, il est stabilisé autour de 4,5%. Reste encore en suspens le démantèlement du contrôle des changes, qui devrait faire l’objet d’une loi dont la discussion à l’Alþingi est sans arrêt repoussée.

Relations internationales :

Donc les négociations d’adhésion à l’UE sont officiellement rompues, mais le gouvernement garde le souci de préserver des relations étroites avec les pays membres, dont la France. Ainsi le 16 avril a lieu dans les locaux de la Chambre de Commerce de Paris un colloque sur la géothermie organisé à l’initiative de la Chambre de Commerce Franco-Islandaise (FRÍS) en collaboration avec les deux ambassades. Ce colloque, qui associe des professionnels islandais et français, est introduit par le Président Ólafur Ragnar Grímsson et clos par Monsieur Laurent Fabius. Le lendemain le Président islandais rencontre son homologue français. Celui-ci accepte une invitation à se rendre en Islande en octobre 2015 à l’occasion de la Conférence « Arctic Circle ».

Le 18 mai, c’est Gunnar Bragi Sveinsson qui conduit la délégation des trois pays de l’AELE au conseil de l’Espace Economique Européen réuni sous la présidence de la ministre lettonne des Affaires Européennes. Où il est évidemment question de renforcement des relations, alors que l’UE s’interroge sur ces trois pays qui ne sont ne dehors ni dedans.

Le 21 mai Gunnar Bragi  rencontre John Kerry, Secrétaire d’Etat américain. Le principal thème de la rencontre est la coopération arctique, mais les ministres saisissent cette occasion pour faire un tour d’horizon des relations internationales. Et constatent qu’ils restent en désaccord sur la chasse à la baleine…

Actualité culturelle :

En mars, le Théâtre National reprend « Fjalla Eyvindur », certainement l’œuvre théâtrale la plus célèbre du répertoire dramatique islandais : « notre Hamlet », comme dit Stefán Hallur Stefánsson qui tient le rôle principal. L’auteur en est Jóhann Sigurjónsson (1880-1919). Écrite en 1911 la pièce relate la vie de hors la loi (15 ans d’une fuite de 40 ans !) de Fjalla-Eyvindur Jónsson, rejoint par Halla Jónsdóttir. En ce que cette dernière a bien plus de caractère que son compagnon, elle est souvent considérée, selon Nina Dögg Filippusdóttir qui en joue le rôle, comme une représentation de la femme islandaise…

L’autre évènement du trimestre se déroule à Cannes : pour la première fois le cinéma islandais est primé : « Hrútar » (Béliers) de Grímur Hákonarson remporte le Prix du Jury « Un certain regard ». Une sombre histoire de rivalités entre frères, qui se déroule dans l’Islande profonde, mais aurait, selon les critiques, apporté une « fraîcheur » bienvenue sur la Croisette.

Mais la vie continue…

Tout mars, comme les mois précédents, la neige tombe et le vent souffle… avec une mention spéciale pour le 13 mars, où les vents ont atteint dans le centre 73m/s (soit 263 km/h) ! et souvent dépassé 30m/s ailleurs !

26.03 – après une bataille de plus de 30 ans avec les autorités de son pays, Jón Gnarr (Jón Gunnar Kristinsson), ancien Maire de Reykjavík, obtient d’un tribunal de Houston le droit de s’appeler Jón Gnarr,

« Terre de contrastes… » : s’il est bien une qualification éculée de l’Islande, c’est celle-ci !  Et pourtant :

14.05 – selon le World Happiness Report, les Islandais sont le peuple le plus heureux au monde quasi ex-æquo avec les Suisses ; viennent ensuite les Danois et les Norvégiens. Les Français sont au 29ème rang, après les Qataris, mais avant les Argentins,

27.05 – selon le météorologue Trausti Jónsson, le mois de mai 2015 a été le plus froid depuis 1979, soit 1.9° à Reykjavík. Et rien n’indique que juillet sera différent, soit 8.3 cette année là. Heureusement, la météo n’est pas une science exacte, fût-ce en Islande…

D’où cette lancinante question : faut-il avoir froid pour être heureux ?

 

 

[1] Alþýðusamband Íslands : Confédération islandaise du peuple

[2] Bandalag Starfsmanna Ríkis og Bæja : Alliance des salaries de l’Etat et des collectivités territoriales

[3] Samtök Atvinnulífsins :